Denis Lavant en masterclass : de la poésie et de l’humain.

Mercredi 17 mai, nous avons eu l’incroyable chance de recevoir l’acteur Denis Lavant dans nos nouveaux locaux, pour une masterclass intimiste et passionnante.

 

Pour cette première masterclass au 31 rue Titon, les membres du studio ont écouté avec attention le talentueux Denis Lavant. Un personnage à part entière qui, par son humilité, sa bienveillance et sa poésie a su charmer et captiver tout le monde.

Denis Lavant respire l’amour pour son métier. Comme il l’a confié d’emblée, « Le travail d’un acteur n’est pas quantifiable, pas estimable. C’est une question d’échange, de communication. »

 

Durant toute la masterclass, Denis Lavant a détaillé son parcours, l’émaillant de multiples anecdotes, de ressentis sur ses tournages, et de réflexions sur le travail du comédien.

Il nous a expliqué qu’il avait mis beaucoup de temps à s’identifier comme acteur : « Etre acteur, c’est une psychanalyse poétique, une recherche sans fin ».

Adolescent, Denis Lavant débordait d’énergie ; toute surface devenait son terrain de jeu, et il se plaisait à grimper, escalader , marcher sur les mains etc. C’est ainsi que l’univers du cirque s’est imposé à lui, pour « canaliser » cette énergie dans l’acrobatie, le jonglage etc.

 

denis lavant

 

C’est ensuite avec le mime qu’il a pu explorer toutes les facettes de l’expression corporelle, avec des modèles comme Chaplin ou Buster Keaton. Dès ce moment, il a compris l’importance de raconter des histoires, par le biais du corps et du mutisme.

 

Ses premiers pas dans le théâtre, lorsqu’il était au lycée, furent placés sous le signe de l’onirisme.

« Je voulais me déguiser, me transformer, rentrer dans le domaine du rêve et de l’imagination ».

Sa rencontre avec Carlo Boso lors d’un stage de comedia dell’arte sera décisive pour lui, puisqu’il dira qu’il en a tiré « toutes les racines de mon jeu d’acteur ».

A cet âge là déjà, tous les choix de Denis Lavant s’effectuaient par instinct, sans suivre de route conventionnelle.

A l’aise dans son corps et dans sa gestuelle, il n’en voulait pas moins comprendre le langage théâtral, c’est à dire comment trouver la même liberté avec un texte qu’avec l’expression corporelle.

Il est ainsi entré au studio 34, puis à la rue Blanche. Mais le travail de scènes qui y était dispensé l’ont laissé extrêmement perplexe car il n’y trouvait pas la créativité et l’engagement qu’il désirait. Il entrera également au Conservatoire Nationale de Paris. Une expérience qu’il qualifiera de « cauchemar total », tant les différentes méthodes des professeurs le restreignaient.

 

Après plusieurs expériences théâtrales, sur scène ou dans la rue, c’est avec Leos Carax qu’il découvrira le monde du cinéma, dans le film « Boy Meets Girl ». Bien que le scénario de prime abord ne semblait pas tant le toucher, c’est la présence de deux petites scènes qui le convaincront d’accepter. Deux scènes emplie de symbolisme et d’onirisme. L’imaginaire enfantin qui se dégageait de ces deux séquences ont réveillé son instinct et il s’est donc lancé dans l’aventure.

 

denis lavant 2

 

Au cours de la masterclass, Denis Lavant nous a raconté de nombreuses anecdotes sur son expérience dans le cinéma de Leos Carax, notamment sur « Les Amants du Pont Neuf »,  un film dans lequel il s’est « heurté à la folie, dans cette quête d’authenticité ».

 

Chacun de ses tournages avec ce réalisateur lui aura apporté un déclic sur sa manière de jouer. A chaque fois, c’est à force de prises de risques et d’expérimentation qu’il a finalement trouvé la clé du personnage.

« Je n’ai pas de méthode ; c’est une suite d’expérimentation hasardeuses. Plus un personnage est rempli de contradictions, plus il est riche, plus il est vivant. Si on le définit trop, on l’enferme ».

Le travail sur la physicalité des personnages parait essentielle à cet acteur : « pour chercher, il faut d’abord expérimenter l’espace physique et l’espace sonore »

Denis Lavant aime à voir les rôles qu’il interprète comme des énigmes, « il faut trouver l’entrée, le fil ».

Plus tard dans la masterclass, nous avons échangé sur le film « Holy Motors », et sur la création du fameux « Monsieur Merde », un processus créatif aux antipodes du travail qu’il avait pu effectuer sur les précédents films du réalisateur.

« Monsieur Merde, c’est du postiche : il y a une posture de jeu, des accessoires (les ongles, l’oeil, la barbiche). Ca permet de se dédouaner ».

Lorsqu’il a été interrogé sur les nombreux rôles qu’il interprète dans Holy Motors, il a expliqué qu’il avait souhaité se raser entièrement, afin d’être « une surface de base, qui puisse accueillir les attributs des personnages ».

C’est durant les nombreuses heures de maquillage qu’il se laissait petit à petit imprimer par le reflet du personnage qu’il voyait dans le miroir.

 

 

denis lavant 3

 

Nous avons également beaucoup discuté de sa passion pour le théâtre, avec notamment son expérience dans la peau du romancier controversé Louis Ferdinand Céline.

« Ce qui me plait avec le théâtre, c’est l’évocation ; partir de rien pour évoquer et faire rêver ».

Cette phrase semble d’ailleurs parfaite pour décrire l’ambiance et le plaisir qui émanaient de cette masterclass. Suspendu à ses lèvres, amusés par son rire enfantin et son verbe, précis et passionné, tout le studio est ressorti de cette rencontre positivement ébranlé, convaincu d’avoir assisté à un moment unique, de partage et d’humanité.

 

Merci encore à Denis Lavant !